Imprimer

Jauchelette

Jauchelette ne doit pas être confondu avec le hameau situé sous Perwez. Leur dénomination commune signifie "Petit-Jauche", par opposition au bourg du même nom, que l'on appelait parfois "Grand-Jauche". Tarlier et Wauters font remarquer comme singularité la circonstance que Grand-Jauche est situé sur le cours d'eau que l'on connaît, de temps immémorial, sous le nom de Petite-Gette ou petite-Jauche, tandis que le ruisseau arrosant les deux Jauchelette s'appelle la Grande-Gette.

La commune est limitrophe de celles de Jodoigne-Souveraine, Huppaye, Bomal, Glimes et Dongelberg.

Le cadastre divise le territoire de Jauchelette en deux sections:

o delà l'Eau.
o de la Ramée.
Le village de Jauchelette est aggloméré sur la rive droite de la Grande-Gette, de manière à rejoindre d'une part le hameau d'Orbais qui dépend de Jodoigne-Souveraine, de l'autre le village de Glimes. Par le Chemin de Dongelberg, il va rejoindre à l'ouest de la rivière la chaussée de Tirlemont à Charleroi. Il n'existe pas de hameau, car on ne peut donner ce nom aux 2 ou 3 maisons qui forment avec l'ancienne abbaye de la Ramée, l'écart de ce nom.

Le territoire de Jauchelette présente deux plateaux dont la surface est assez plane, surtout celle de l'espace complètement déboisé qui s'étend entre l'Orbais et la Gette; mais la vallée arrosée par ce dernier cours d'eau et ses abords sont très accidentés et offrent en quelques endroits des pentes rapides et même escarpées. Le point culminant se trouve au centre de la commune, où l'on a constaté une altitude de 103 mètres.

Jauchelette

Le territoire de Jauchelette appartient au bassin de l'Escaut; il est arrosé par la Grande-Gette, le Saint-Pierre et le Metchebais. Le Saint-Pierre vient de Jodoigne-Souveraine, forme la séparation de cette commune et de Jauchelette, et se réunit à la Grande-Gette, après un parcours mitoyen de 200 mètres. Le Metchebais (Ruisseau de Metchebais, 1791) n'est qu'un faible filet d'eau qui coule du sud au nord et qui, après avoir formé, sur une étendue d'environ 250 mètres, la séparation de Jauchelette et de Dongelberg, entre complètement dans cette dernière commune avant d'aller se joindre à l'Orbais.

Il n'a existé longtemps qu'un moulin à eau, à Jauchelette, celui dit de la Ramée, qui était banal [...], mais ce nombre a été rapidement porté à quatre, tous situés sur la Gette.

Au sud des bâtiments conventuels [Conventuel: qui appartient à une communauté religieuse] se trouvait un petit moulin qui avait été établi par le monastère et dont la destination première était comme son nom l'indiquait "la Scierie". Il est resté inutile de nombreuses années avant d'être remis en service en 1862, comme moulin à moudre le grain, par M. Charles Favart. Le moulin de La Ramée qui était jadis banal, fut donné à l'abbaye en 1216 par Gérard, seigneur de Jauche. A la fin du 19e siècle, il était encore en activité sous la direction des héritiers Constant et était désigné sous la dénomination "Moulin Lesage".

L'usine Baugniet fut d'abord une simple usine à fer, qui fut établie par un nommé Lamquet à l'époque française. Elle appartenait en 1815 à Messieurs d'Autrebande, maîtres de forges à Huy et était exploitée par M. Albert Baugniet; l'usine consistait alors en un martinet à deux marteaux [martinet: gros marteau d'usine mis en mouvement par la vapeur ou le courant d'eau]. En 1844, Baugniet y joignait un moulin à farine. Fin 19e, le moulin Maka possédait deux roues, l'une pour la soufflerie, l'autre pour la forge et le moulin; elle occupait 5 ouvriers et produisait pour 50.000 francs de fer; on n'y emploie que de la mitraille. Une brasserie y était jointe.

Le dernier moulin fut établi par Antoine Lekenne et Jean-Joseph Debauche durant la période française (30 messidor an IV). Il fut rebâti en 1858.

En 1374, il n'y avait à Jauchelette qu'une "chambre à brasser" ou brasserie, non compris, bien entendu, celle qui existait à la Ramée, comme dans tous les autres monastères. Valérien de Glimes en établit une, pour laquelle, on payait à la baronnie de Jauche, en 1573-1574, un cens annuel de 52 sous et une poule. Le nombre de brasseries s'éleva à trois, puis à quatre; il est retombé à deux fin du 19e. La distillerie conventuelle ne travaillait déjà plus à cette époque.

Un atelier de charronnage [charronnage: fabrication et entretien des charrettes, des charrues, des voitures], commencé par M. Baugniet, occupait de très élégantes constructions, placées le long de la route de Tirlemont à Saint-Michel, au coin du chemin pavé qui conduisait au village.

Jadis, le territoire de Jauchelette était en grande partie couvert de bois et de bruyères, notamment vers l'est. Un diverticulum romain (voie secondaire du réseau routier romain), que les cartes du 17e siècle baptisent du nom de petite chaussée et que l'on appelait aussi le Chemin de Nivelles à Landtfermée ou Landen (ou encore Chemin de Perwez à Jodoigne, 1751), y traversait la Gette, venant de Perwez et se dirigeant vers Orp-le-Petit et de là vers Waremme, où il rejoignait la Grande Chaussée.

D'autres chemins sont repérables dans la région de Jauchelette. Il n'y aurait donc rien d'étonnant qu'au milieu de ces voies de communication, une villa romaine, entourée d'un parc, aurait existé à l'endroit où fut fondée depuis l'abbaye de la Ramée.

Jean-Jacques Gaziaux situe l'origine de Jauchelette dans l'existence d'un fortin instauré par les Romains pour protéger leurs voies de communication, fortin qui aurait dominé la Gette et dont une preuve serait l'appellation Castillon, le Tchès'lon de Jauchelette.

Le village de Jauchelette ou Petit-Jauche fut peut-être fondé par les seigneurs de Jauche. En effet, ses territoires étaient compris dans ceux de ces seigneurs, qui y avaient droit de justice et d'impôt.

En vertu d'une donation dont la trace est perdue, une grande partie de Jauchelette appartenait aux abbesses de Nivelles qui y possédaient terres et chaumières, dont le loyer était payé sous la forme de chapons.

L'abbaye de la Ramée fut fondée par l'abbesse de Nivelles, Helewide, la fille de Gérard, le seigneur de Jauche, dans les premières années du treizième siècle. Elle accueillit les religieuses qui quittaient un petit couvent qu'elles avaient fondé vers l'an 1207 à Kerckom, près de Tirlemont, sur les bords de la Velpe. Le premier site avait été abandonné en raison de l'aridité de son sol. La localité de Jauchelette baignée par la Gette offrait une meilleur situation. Le monastère prit le nom de la Ramée d'après les bois qui l'entourait. Il suivait la règle de Citeaux ou de Saint-Bernard. Le corps du Seigneur de Jauche, Gérard, décédé en Orient, fut ramené à La Ramée en 1216.

Jauchelette fut également le théâtre en 1568 d'une bataille très violente entre les troupes du prince d'Orange qui s'y étaient réfugiées et les Espagnols du Duc d'Albe. Après d'âpres combats, les Espagnols sortirent vainqueurs du village dont certaines maisons étaient dévastées par les flammes.

Jean-Jacques Gaziaux et L.G. Genicot ne s'accordent pas avec la version de Tarlier et Wauters et cite un témoin oculaire des événements, Courtewille, qui situe l'action guerrière sur les bords de la Petite Gette près de Jauche.

La suppression de l'ancien régime a été favorable au village, qui acquit une certaine importance au point de vue industriel. En 1817, on y a établi, et en 1822, maintenu un canton de milice ou canton administratif, composé de la partie méridionale du canton de justice de paix de Jodoigne, c'est-à-dire des communes de Jauchelette, d'Autre-Eglise, de Bomal, de Dongelberg, d'Enines, de Folx-les-Caves, de Glimes, d'Huppaye, d'Incourt, de Jandrain, de Jauche, de Jodoigne-Souveraine, d'Opprebais, de Ramillies et de Roux-Miroir.

Le village tout à fait rural connaîtra quelques innovations de type semi-industriel. Ainsi, en 1838, le propriétaire de la Ramée y établit une fabrique de sucre de betteraves, mais son activité ne dura que six ans. L'exploitant du Maka prit en quelque sorte la relève en adjoignant à sa forge un moulin à farine activé par la même roue. Le nouveau propriétaire de la Ramée remettra le sien en activité en 1862 mais pour peu de temps. Son fermier installa une féculerie de pommes de terre qui fonctionna après 1875.

Mais l'héritage de la Ramée vint à être partagé. En 1903, l'ancienne abbaye se transforma en une sorte de maison de repos où s'établirent des Dames du Sacré-Coeur. La ferme qui changea de propriétaire et d'exploitant à de nombreuses reprises, est toujours appelée "l'Abîje" par les villageois, tandis que l'expression "les Bègenes" désigne le couvent.

De la première guerre mondiale, on retiendra le passage de Uhlans, les réquisitions, le ravitaillement, la misère.

Durant l'entre-deux guerres, "l'Abîye" et les religieuses jouèrent à nouveau un rôle important, en fournissant du travail respectivement aux journaliers et des écoles surtout des filles.

Dès la fin de la guerre, on assiste aux débuts de l'éclairage électrique à l'initiative du meunier du Maka. L'ancien cimetière qui entourait l'église est désaffecté en 1922.

Le 12 mai 1940, la Luftwaffe bombardait l'église de Jauchelette, où les enfants célébraient la communion solennelle. On ne déplora que des dégâts matériels, mais beaucoup d'habitants se lanceront dans l'exode vers la France pour revenir pendant l'été avec leurs souvenirs...

Du temps de l'abbaye de la Ramée, transférée à Jauchelette en 1215, la commune comptait deux paroisses: celle de Jauchelette dite l'Abbesse et dédiée à sainte Gertrude, et celle de la Ramée.

L'église Sainte-Gertrude de Jauchelette ressortit constamment au concile du doyenné de Jodoigne, tant lorsqu'elle dépendit du diocèse de Liège, puis de celui de Namur, que depuis son annexion à l'archevêché de Malines. La collation [...] appartenait à l'abbesse de Sainte-Gertrude de Nivelles.

Selon Tarlier et Wauters, le temple paroissial, dont l'entretien incombait au curé, en sa qualité de décimateur [...], n'a aucune importance. Lorsque l'autorité diocésaine en fit la visite, le 19 septembre 1662, le plafond était dégradé à proximité du clocher, les murs du cimetière tombaient en ruine, la nef contenait beaucoup de bancs abîmés et trop anciens. L'édifice a été reconstruit, ou du moins réparé complètement vers 1753.

Plus tard, comme la tour et la charpente du clocher menaçaient de tomber de vétusté, on y fit, en 1823, des travaux.

La tour est carrée; elle est construite en brisques avec base et anglées en pierres blanches; un petit clocher octogonal la surmonte. La nef comprend quatre travées; le choeur, qui est flanqué de deux sacristies, l'ancienne au nord, la nouvelle au midi, se compose d'une travée et d'une abside à trois pans. Tous le vaisseau du temple, sauf les anglées qui sont en pierres taillées, est en moellons provenant de la localité et reçoit le jour par des fenêtres à cintre surbaissé.

Copyright © 2012-2014 - Jodoigne.be - Tél. Général : 010 81 99 99 - Télécopie : 010 81 99 88 - Rue du Château, 13 1370 Jodoigne